Jeu de Peindre, Expression, é-ducation

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Dans le Jeu de Peindre, le lieu, le matériel et la personne qui s’occupe des séances sont au service de l’individu. Il n’y a pas d’enseignement mais la réunion d’un ensemble de conditions qui permettent que l’individu s’exprime.   Ainsi,  l’atelier du Jeu de Peindre est le lieu de l’ Expression, c’est pourquoi, comme l’explique Albert Jacquard, il est question ici du plus impénétrable des mystères, la construction d’une personne par elle-même.

Un enfant naît. Il est un petit de l’espèce homo sapiens, il a reçu de la nature toutes les informations nécessaires pour construire ses organes, les faire fonctionner, en assurer la cohésion. Mais son destin est différent de celui des autres animaux, nés avec une dotation génétique à peine différente : il est de devenir une personne, c’est-à-dire de manifester la capacité d’ajouter à l’être la conscience d’être, et du coup, la capacité d’intervenir dans son propre devenir.

Cette métamorphose de l’individu produit par la nature en une personne ne peut qu’être le fruit de rencontres, c’est-à-dire de l’é-ducation comprise comme une sortie de soi-même et non comme un enseignement qui enferme dans le conformisme d’un savoir préétabli.

Parmi les rencontres nécessaires, la plus étrange est la rencontre de soi-même, en une auto-construction qui défie la logique car la flèche causale qui décrit le processus a un point d’arrivée identique au point de départ. Nous savons maintenant que la « génération spontanée » des êtres vivants est un leurre ; mais la génération spontanée du « moi » est plus mystérieuse encore. Elle nécessite une alchimie subtile de contraintes acceptées et de liberté revendiquée.

L’expression par le dessin, la forme, la couleur, est une des occasions de cette rencontre de soi-même ; être face à une feuille blanche est plus vertigineux qu’être face à un miroir. Ce vertige, Arno Stern a su l’observer avec une acuité rendue possible par les conditions rigoureuses réalisées dans le Closlieu. Les réflexions que cette expérience de laboratoire lui a suggérées seront précieuses pour tous les é-ducateurs.

Préface d’Albert Jacquard au livre d’Arno Stern « Heureux comme un enfant qui peint ».